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Chaire Mutations et Innovations Territoriales | Università di Corsica
Les ateliers de l'après-midi
Les consignes 

L'atelier a été pensé à partir d'une approche type "visual thinking" (pensée visuelle) : poser littéralement ses idées sur une table.

Pour chaque groupe, l'atelier se déroule en trois temps : 

  • Le recueil des représentations (10 minutes) où le but est de restituer ce que chacun a digéré de la matinée :
    qu'est-ce qui m'a intéressé ce matin ? qu'est-ce qui m'a paru important ?  
  • Les projections à long terme : la Corse, terre de tiers-lieux en 2030 (50 minutes), où le but est d'explorer les différentes thématiques écrites sur la table, sans toutefois rechercher l'exhaustivité : quels services et activités pourraient être développés? quel modèle développer ? avec qui ? Quelles seraient les valeurs véhiculées et ajoutées pour la communauté ? quels seraient les besoins en ressources humaines (compétences, formations) ? le but est de prendre et de développer les thématiques qui stimulent les personnes autour de la table. 
  • Projections à court terme (10 minutes) : ne pas réfléchir que sur 10 ans, mais aussi penser à demain, qu'est-ce qu'on peut faire dans l'année à venir ? 

 

Ce déroulé a été pensé pour être décliné autour de trois questions qui doivent permettre de cadrer les échanges (sans pour autant s'y restreindre) : 

  1. Les tiers-lieux pour repenser le lien social / inclusion - vers de nouvelles solidarités ?
  2. Les tiers-lieux pour assurer une continuité de la connaissance et former / éduquer ?
  3. Les tiers-lieux pour repenser la relocalisation des activités et l'attractivité des territoires - vers d'autres façons de travailler ?
    L'atelier 3 a été réalisé en partenariat avec le technocentre TIC de Gaspésie et l'ADEC qui se sont engagés dans une coopération franco-québécoise au sujet du numérique comme levier d'attractivité des territoires. Aussi, les partenaires gaspésiens réalisent-ils le même exercice en parallèle, sur une table virtuelle. Il fait suite à un premier atelier exploratoire qu'ils ont effectués le 27 novembre.

La conduite des ateliers en images

 

 

Restitutions des échanges en ateliers

Tour à tour les rapporteurs sont revenus sur les échanges qui ont eu lieu au sein de chaque atelier. Au-delà des valeurs partagées au sein des tiers-lieux, valeurs qui transcendent l'approche par thématique proposée, nous retiendrons plusieurs perspectives d'opérationnalisation à court et moyen terme :

  • Mobiliser un réseau régional de tiers-lieux - dont la programmation des actions 2022 serait à coconstruire - qui :
    • Permette le partage d'informations, d'expériences et de compétences pour penser durablement ces espaces ;
    • Constitue une opportunité d'identification et de mise en débat sur les besoins auxquels les tiers-lieux répondent, la façon de mieux agir (et notamment mieux toucher les différents publics) et la recherche de cohérence entre valeurs véhiculées et actions mises en oeuvre
  • Penser et formaliser (sans standardiser) l'initiative citoyenne et les différentes formes de gouvernance sur laquelle elle peut reposer : coopératives, associations, etc.

 

  • Céline Bourbousson synthétise les échanges relatifs à l'inclusion.

L'atelier était composé d'un groupe. A partir des échanges de la matinée, les participants ont identifié plusieurs éléments qui définissent un tiers-lieu : espace de mise en débat et d'émancipation et de mise en lien pour les habitants, espace de gouvernance partagée et contingence i.e. relatif à un contexte. A ce titre, les participants ont tiqué sur certains catégories proposées (leviers pour le territoire) car ils les ont vu comme trop programmatiques, normatives. Au contraire, les TL ont un caractère émergent, ils se définissent dans l'action.

Concernant les projections à Long terme, les participants ont identifié plusieurs enjeux :

  • Consolider l'échange de compétences entre tiers-lieux, à l'image de ce qui se fait dans les Systèmes d'échange locaux qui consistent en des trocs de compétences et services entre citoyens.
  • Faire émerger des solutions nouvelles, notamment pour les personnes les plus éloignées de l'emploi pour lesquels les schémas classiques de chantier de réinsertion ne sont pas forcément une réponse. Cela peut passer par la multiplication des prétextes pour les intéresser et les faire venir (diversité des ateliers proposés), et pérenniser leur présence.
  • Faire en sorte que les gens se rencontrent et créer des dispositifs pour pérenniser l'implication des usagers
    • D'un point de vue informel (afterwork, apéros, etc.)
    • Ou par l'existence de dispositifs plus formels comme le "conseil de vie des jeunes" qui existe déjà dans un centre social où jeunes décident du programme de leur vacances au centre.
  • Repenser les questions de pouvoir et de production de richesse. Cela passe par une mise en débat de ces notions (richesse, valeur) au sein des TL.

A très court terme,

  • Pourrait être envisager la construction d'un calendrier commun pour 2022 où prévoir des journées d'échange dont les thématiques serait à définir ensemble.
  • Constituer une cellule de réflexion visant à réfléchir sur les moyens de toucher les publics les plus éloignés de l'emploi ou de la formation.
  • Organiser des apuntamenti dans l'espace public : ces rencontres des habitants, hors les murs des tiers-lieux, permettraient de sensibiliser le publics aux sujets portés par les tiers-lieux, à se faire connaitre.

 

Anne Géronne fait une synthèse sur la thématique de la formation.

De la matinée, les deux groupes ont retenu plusieurs éléments positifs ayant essentiellement trait aux valeurs véhiculées par les tiers-lieux : convivialité, partage de compétences, échanges de valeurs et d'idées... Leur principal regret est que le thème de la formation soit un thème peu abordé durant ces deux journées. Les participants se sont scindés en deux groupes : l'un s'est dédié à la projection des tiers-lieux sur 2030, l'autre sur les chantiers à rapidement mettre en oeuvre.

Les participants ont eu des difficultés au démarrage de l'exercice proposé et sur cette projection à 10 ans. Ils ont donc procédé de la manière suivante :

  • Partir des valeurs véhiculées par un tiers-lieu dans 10 ans :
    • Mutualisation et partage de compétences
    • Coopération au sein des tiers-lieux pour favoriser et développer le lien social autour de la formation.
  • Penser ensuite les activités à mettre en place pour assurer la transmission de ces valeurs
    • Un enjeu : anticiper la perte de savoir-faire sur le territoire et créer de nouveaux savoir-faire.
      • Car : la perte des savoir-faire repose sur deux problématiques territoriales majeures : la disparition de certains métiers artisanaux ou dans l'agriculture et donc une rupture dans la transmission, la déscolarisation d'une part de la population.
      • Pour cela : développer des liens plus importants entre communautés de professionnels et communautés de formateurs afin d'assurer des échanges plus riches et plus fréquents que maintenant.

A court terme, les participants ont pensé la concrétisation d'un tiers-lieux dédié à la formation en modulant trois activités : fablab, coworking et colearning. Le public serait des demandeurs d'emploi et/ou des salariés qui voudraient se former.

  • L'objectif serait de constituer une coopérative citoyenne qui réunirait partenaires et usagers. Demeure une incertitude sur la manière de développer une communauté d'usager, mais l'enjeu est de faire en sorte que la voix des usagers soit suffisamment entendue pour faire en sorte que le tiers-lieux répondent au mieux aux besoins de leur territoire et de leurs usagers.
  • Constituer un réseau entre tiers-lieux dédiés à la formation afin de développer un troc de compétences.

 

Carol Cotton restitue les échanges sur l'atelier dédié à la relocalisation des activités et l'attractivité des territoires en Gaspésie.

Il signale que l'équipe s'était déjà réunie le 27 octobre ce qui a permis de dégrossir en partie la question. Parmi les activités mentionnées, les échanges se sont concentrés sur les tiers-lieux comme espace de corworking. Les valeurs qui y sont véhiculées sont celles de collaboration, d'entraide et de coopétition (vu comme une compétition saine). En termes d'activité, les participants ont plus particulièrement évoqué deux éléments :

  • Une résidence entrepreneuriale qui existe depuis 2 ans où un groupe d'entrepreneurs prend place dans le MITIS LAB où il y a des infrastructures d'hébergement et possibilité de suivre des formations.
  • L'activité de coworking est flexible :
    • Les usagers peuvent en bénéficier de manière plus ou moins fréquente
    • Il est possible de penser des lieux de coworking sur des lieux dédiés ou des lieux plus ponctuels (tiers-lieux éphémères).

Aujourd'hui, les échanges se sont beaucoup concentrés sur l'organisation des tiers-lieux, sur leur mise en réseau entre eux et avec les autres acteurs du territoire. Ils ont identifié la labellisation comme un moyen de définir ensemble les conditions nécessaires à la constitution d'espaces de coworking fiables et de qualité. A été fait mention du Hub de l'Est qui constitue une mise en réseau des différents acteurs du coworking sur le territoire gaspésien (carte ci-dessous).

Cartographie des tiers-lieux partie-prenantes du Hub de l'Est
Source : https://hubdelest.ca/

Les acteurs investis dans le réseau de tiers-lieux sont multiples (municipalités, établissements scolaires, acteurs du privé...). Les participants ont insisté sur le rôle

  • Des centres d'enseignement supérieur sur le territoire Gaspésien. L'enjeu est effectivement d'accroitre les compétences en local pour être en capacité d'animer un tiers-lieu, d'accompagner le développement d'activités hétéroclites.
  • Des centres de recherche appliquée sur le territoire Gaspésien, comme le CIRADD (dédié au développement durable), NERGICA (énergies renouvelables) ou MERINOV (ressources de la mer). Ces derniers constituent une porte d'entrée pertinente pour penser le développement de la Gaspésie, en lien avec les ressources existantes, les points forts du territoire.

Aussi, à court terme, plusieurs possibilités ont été évoquées comme :

  • La candidature à des programmes locaux comme celui le programme provincial dédié à la promotion de l'entrepreneuriat ou un programme spécifique dédié au développement de pôles d'excellence; en Gaspésie, les créneaux d'excellence repose sur le tourisme, l'éolien, les ressources, sciences et technologies marines.
  • Mettre en oeuvre des actions citoyennes pour sensibiliser, informer autour des tiers-lieux.
  • Mettre en oeuvre une étude pour mieux cerner et comprendre les besoins sur les territoires. Cette étude pourrait d'ailleurs faire l'objet d'un regard croisé entre Gaspésie et Corse.

 

Corinne Rochette restitue les échanges dédiés à la relocalisation des activités et l'attractivité des territoires en Corse.

C'est une tâche complexe car trois groupes se pliaient à l'exercice en parallèle. Chaque groupe a toutefois opéré de manière assez méthodique et semblable, en posant d'abord un diagnostic : comment s'exprime la problématique de l'attractivité dans nos territoires ? les participants ont mentionné:

  • Des difficultés liées aux infrastructures, à la logistique qui rendent certains territoires difficiles d'accès (routes, distance et temps).
  • Des difficultés liées à la vitalité de certains territoires : il n'y a plus d'espace public, là où les places de villages tenaient ce rôle.

Les tiers-lieux peuvent constituer une solution pour revitaliser ces territoires. On retrouve finalement les dimensions de ce qui fait le territoire de la demi-heure tel que présenté par Carlos Moreno la veille : habiter, travailler, se soigner, se divertir... on ne peut se départir quand on parle de TL en termes d'attractivité et de relocalisation des autres dimensions : faire venir des gens sur les territoires "délaissés" c'est aussi poser la question de l'habitat, du logement, du soin... Soit adopter une approche systémique et plus globale. Aussi, les valeurs véhiculées au sein des tiers-lieux sont celles du lien social, de la solidarité et de la revitalisation.

A long terme, l'objectif est que les tiers-lieux permettent de passer d'une forme de polarisation des activités dans les zones urbaines et littoral à une forme de polycentricité : au sein des tiers-lieux, les activités de production et de service seraient disséminées partout sur le territoire insulaire. Un groupe a par ailleurs mentionné l'enjeu de dessaisonnaliser l'activité économique, aujourd'hui très dépendante du tourisme estival. Les tiers-lieux recouvrent des activités économiques multiples. Elles peuvent être associées à l'artisanat, produire des biens matériels et recouvrir la notion de manufacture de proximité. Elles peuvent aussi être des activités associées à l'économie de services. Les acteurs concernés sont très divers : salariés, professionnels, créatifs, designers, artisans... toute personnes qui peut contribuer de près ou de loin à la production de valeur ajoutée. Concernant le modèle économique que devrait produire ce type de tiers-lieux, l'exercice n'est pas évident mais se dégage la nécessité de multiplier les leviers financiers pour parvenir à enclencher une dynamique positive qui permettrait d'attirer des individus, des personnes... une fois que le tiers lieu est habité, il vit, et il y a effet d'entrainement. Cela repose sur la nécessité de construire, développer un sentiment d'appartenance pour les usagers du tiers-lieux et au-delà pour les habitants en proximité. Pour leur territoire d'implantation, les tiers-lieux sont des lieux de création de valeur, de transmission de savoir. Ce sont des lieux d'apprentissage où on pourrait envisager qu'un entrepreneur plus mature y assure l'accompagnement de jeunes pour le lancement de leur activité, voire pour la reprise de sa propre activité. Les actions pour le territoire sont finalement d'ordre multiples qu'elles relèvent de la mise à disposition d'outils de production, d'actions de formation, de dispositifs d'expérimentation... De fait, renforcer l'initiative citoyenne repose sur une meilleure communication de ce qu'est (et peut être) un tiers-lieux. Il faudrait organiser des réunions d'information pour poser des graines, faire germer des envies, des idées... montrer qu'il y a des dispositifs dont les habitants peuvent s'emparer pour agir sur le territoire et revitaliser l'économie.

A court terme, cela signifier construire une communauté d'acteurs : le projet de TL émerge du terrain, de besoins identifiés et d'une volonté d'y palier. Il faut créer des liens, instaurer une confiance et définir un objectif commun, partagé.

Pour aller plus loin : 

Page mise à jour le 01/02/2022 par MORGANE MILLET